Colonisation

17 octobre 1961 : le massacre des Algériens à Paris

Une manifestation pacifique contre un couvre-feu raciste, et une nuit de violence policière en plein Paris. Ce qui s’est passé le 17 octobre 1961, et pourquoi on l’a caché si longtemps.

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Le 26 juillet 2024, lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris, la délégation algérienne a jeté des roses dans la Seine. Un hommage aux Algériens qui y ont été noyés en 1961.

Que s’est-il passé le 17 octobre 1961 ? Un massacre colonial. Un crime d’État en plein cœur de Paris.

Paris en pleine guerre d’Algérie

En 1961, la guerre d’Algérie dure depuis sept ans. Elle est meurtrière, terrible, et elle se joue aussi en métropole. À Paris, le FLN et la police s’affrontent depuis des années. Des policiers sont tués dans des attentats.

Au même moment, la France négocie avec le FLN en vue de l’indépendance. Le pays est déchiré entre partisans de l’Algérie française et partisans de l’indépendance. Même au sommet de l’État, de Gaulle et son Premier ministre Michel Debré, défenseur farouche de l’Algérie française, ne sont pas sur la même ligne.

Un couvre-feu pour les seuls Algériens

Début octobre, le préfet de police Maurice Papon impose un couvre-feu aux seuls « Français musulmans d’Algérie ». Interdiction de sortir le soir. Un couvre-feu fondé sur l’origine.

Quelques jours plus tôt, aux obsèques d’un policier, Papon avait lancé à ses hommes : « Pour un coup reçu, nous en porterons dix. » Pour beaucoup de policiers, le message est clair.

La manifestation du 17 octobre

La Fédération de France du FLN appelle à manifester contre ce couvre-feu. Le 17 octobre au soir, des dizaines de milliers d’Algériens, hommes, femmes et enfants, marchent dans les rues de Paris. Ils savent que c’est dangereux. Ils ont reçu la consigne de ne porter aucune arme, pas même un couteau.

Une nuit de violence

La répression est d’une violence inouïe. En quelques heures, plus de 11 000 Algériens sont arrêtés et entassés dans des cars de police. Il faut réquisitionner des bus de la RATP tant ils sont nombreux.

Dans les rues, des manifestants sont frappés à mort, d’autres abattus. Certains sont jetés dans la Seine depuis les ponts. Ceux qui ne savent pas nager se noient. Tout cela se passe sous les fenêtres des Parisiens.

Le lendemain, le bilan officiel parle de deux morts algériens. Le même jour, on repêche des corps dans la Seine.

Un bilan caché pendant des décennies

La presse demande des comptes. L’affaire est étouffée. Papon couvre ses policiers. Aucune enquête sérieuse n’aboutit.

Aujourd’hui encore, le nombre exact de morts reste inconnu. Les estimations des historiens vont de plusieurs dizaines à plus de deux cents victimes.

Quelques mois plus tard, en mars 1962, les accords d’Évian mettent fin à la guerre. Tout le monde veut tourner la page. Le 17 octobre tombe dans l’oubli.

Maurice Papon, un parcours

Le parcours de Papon dit beaucoup. Sous l’Occupation, secrétaire général de la préfecture de la Gironde, il participe à la déportation de Juifs de Bordeaux. En 1956, il est envoyé dans l’Est algérien, où il couvre la torture au nom du maintien de l’ordre. Puis il devient préfet de police de Paris.

En 1998, il est condamné pour complicité de crimes contre l’humanité, pour son rôle dans les déportations de 1942 à 1944. Jamais pour le 17 octobre 1961.

La mémoire, enfin

En 2021, Emmanuel Macron reconnaît des « crimes inexcusables pour la République » commis cette nuit-là. En mars 2024, l’Assemblée nationale adopte une résolution qui condamne le massacre et demande l’instauration d’une journée de commémoration.

Repères

  • 1954 : début de la guerre d’Algérie.
  • Octobre 1961 : couvre-feu imposé aux Algériens de Paris.
  • 17 octobre 1961 : manifestation et massacre.
  • 18 mars 1962 : accords d’Évian.
  • 1998 : condamnation de Maurice Papon pour son rôle sous l’Occupation.
  • 2021 : reconnaissance par le président de la République.
  • Mars 2024 : résolution de l’Assemblée nationale.

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