Le Front populaire a-t-il donné les pleins pouvoirs à Pétain ?
On entend souvent que c’est la gauche qui a porté Pétain au pouvoir. C’est plus compliqué que ça. Ce qui s’est vraiment passé à Vichy le 10 juillet 1940.
On l’entend souvent : c’est le Front populaire qui aurait donné les pleins pouvoirs à Pétain en 1940. La gauche aurait donc porté au pouvoir un homme d’extrême droite.
Ce n’est pas comme ça que ça s’est passé. C’est bien plus complexe, et je vais vous l’expliquer.
Juin 1940, la débâcle
En mai et juin 1940, l’armée française s’effondre face à l’offensive allemande. Des millions de Français fuient vers le Sud sur les routes, mitraillés par les avions allemands. C’est l’exode. Les gens sont terrorisés et ne savent pas où aller. Les responsables politiques fuient eux aussi.
La guerre est perdue. Presque tout le monde veut que les combats s’arrêtent.
Le 16 juin, le gouvernement de Paul Reynaud démissionne. Le maréchal Pétain, le héros de Verdun, est nommé chef du gouvernement. On l’acclame : on compte sur lui pour obtenir la paix. L’armistice est signé le 22 juin.
Le casino de Vichy
La France est à terre et beaucoup d’élus veulent changer de régime. Le 10 juillet 1940, députés et sénateurs sont réunis ensemble dans la salle du Grand Casino de Vichy.
Il faut regarder qui est dans la salle.
- Les sénateurs, nombreux, n’ont jamais été du Front populaire. Le Sénat est plutôt conservateur.
- Les députés communistes, élus en 1936, ont été déchus de leur mandat après le pacte germano-soviétique signé entre Staline et Hitler. Ils ne votent pas.
- De nombreux parlementaires sont absents : partis vers l’Afrique du Nord, morts, prisonniers ou incapables de rejoindre Vichy.
Et le Front populaire n’existe plus. Cette alliance de partis de gauche, arrivée au pouvoir en 1936, s’est défaite dès 1938. Son allié radical, un parti du centre qui votait tantôt à gauche, tantôt à droite, l’avait quitté.
Ce qui est voté exactement
Le Parlement ne vote pas « les pleins pouvoirs » au sens d’un chèque en blanc. Il donne au gouvernement de Pétain le pouvoir de promulguer une nouvelle Constitution, qui devra ensuite être ratifiée par la nation.
Le texte est adopté par 569 voix contre 80. Beaucoup de députés élus en 1936 sur les listes de gauche, socialistes et radicaux compris, votent oui. C’est un fait, et il ne faut pas le cacher. Mais ce n’est pas « le Front populaire » qui vote : c’est une assemblée d’union nationale, sonnée par la défaite, qui s’en remet à un vieux maréchal.
Tout le monde savait que Pétain était proche de l’extrême droite antisémite. L’état du pays a poussé la très grande majorité à voter quand même. Une partie de la France attendait depuis longtemps un pouvoir autoritaire.
Les 80
Ce 10 juillet, 80 parlementaires votent contre, presque tous de gauche. Léon Blum, l’ancien chef du Front populaire, est l’un d’eux. Il sera arrêté par Vichy, jugé, puis livré aux Allemands et déporté.
Le lendemain, l’État français
Dès le 11 juillet, Pétain signe des actes constitutionnels qui lui donnent tous les pouvoirs. Il se proclame chef de l’État français. La République est mise entre parenthèses et la Constitution promise ne sera jamais ratifiée.
Pétain a 84 ans. Il va collaborer avec l’Allemagne nazie pendant toute la guerre.
Repères
- 1936 : victoire du Front populaire.
- 1938 : fin du Front populaire.
- 16 juin 1940 : Pétain chef du gouvernement.
- 22 juin 1940 : armistice.
- 10 juillet 1940 : vote à Vichy, 569 pour, 80 contre.
- 11 juillet 1940 : Pétain chef de l’État français.
Pour aller plus loin, je vous conseille la biographie de Pétain par l’historien Marc Ferro. Lire aussi : mes histoires sur la Seconde Guerre mondiale.
