Martin Luther King, le FBI et la lettre qui voulait le pousser au suicide
Surveillé, harcelé, menacé par le FBI, puis assassiné en 1968 à Memphis. L’histoire de Martin Luther King, de la lettre anonyme du FBI et des questions jamais résolues sur sa mort.
Il existe une lettre envoyée par le FBI à Martin Luther King. Une lettre anonyme, censée venir d’un Noir américain déçu, qui l’insulte et l’invite à en finir. Le New York Times en a publié la version intégrale en 2014.
Elle dit beaucoup de la manière dont l’État américain voyait le pasteur. J’y reviens plus bas.
Le leader des droits civiques
Martin Luther King est pasteur baptiste et le visage du mouvement des droits civiques aux États-Unis. Il défend pacifiquement l’égalité entre Blancs et Noirs, dans un pays où le racisme est inscrit dans les lois, surtout dans le Sud.
Il mène les grandes marches pour l’égalité. En 1963, lors de la marche sur Washington, il prononce son discours « I Have a Dream ». En 1964, il reçoit le prix Nobel de la paix.
Trop gênant pour l’État américain
Mais King ne s’arrête pas à la question raciale. Il s’oppose à la guerre du Vietnam. Il défend les ouvriers, les pauvres, les travailleurs. Ça fait beaucoup pour Washington, qui le soupçonne de communisme, l’accusation suprême en pleine guerre froide.
Le FBI de J. Edgar Hoover le surveille en permanence : écoutes, micros dans ses chambres d’hôtel, informateurs. Le Bureau tente de briser son mariage en envoyant des enregistrements à sa femme.
La lettre
Fin 1964, King reçoit un colis anonyme. À l’intérieur, un enregistrement et une lettre. Elle le traite d’imposteur, d’homme « mauvais et vicieux », et lui annonce que sa fin approche.
Elle se termine par une phrase sinistre : il ne lui reste plus qu’une chose à faire, et il sait laquelle.
King comprend tout de suite que la lettre vient du FBI. Il en parle à ses proches. Elle n’aura pas l’effet espéré.
Memphis, 4 avril 1968
Le 4 avril 1968, King est à Memphis pour soutenir une grève des éboueurs de la ville. Il se tient sur le balcon du Lorraine Motel quand une balle le touche. Il meurt dans l’heure.
Deux mois plus tard, James Earl Ray est arrêté à l’aéroport de Londres. C’est un ségrégationniste, un petit malfrat évadé de prison. Il plaide coupable, évite ainsi un procès, puis se rétracte quelques jours plus tard : il affirme avoir été manipulé et ne pas être le tireur. Il meurt en prison en 1998.
Un tireur seul ?
La famille King n’a jamais cru à la version officielle. En 1999, à Memphis, un procès civil intenté par la famille conclut à l’existence d’un complot impliquant des agences gouvernementales. L’année suivante, le ministère de la Justice publie une enquête qui rejette ces conclusions, faute de preuves.
Le débat reste ouvert. Ce qui est établi, c’est que l’État fédéral a tout fait pour détruire cet homme de son vivant.
Trois ans plus tôt, en 1965, Malcolm X avait lui aussi été assassiné, dans des circonstances qui font encore débat. J’espère qu’un jour la lumière sera faite sur ces deux morts.
Aujourd’hui, Martin Luther King a son jour férié aux États-Unis, chaque troisième lundi de janvier.
Repères
- 1955-1956 : boycott des bus de Montgomery.
- 28 août 1963 : marche sur Washington, « I Have a Dream ».
- 1964 : prix Nobel de la paix, lettre anonyme du FBI.
- 21 février 1965 : assassinat de Malcolm X.
- 4 avril 1968 : assassinat de Martin Luther King à Memphis.
- 1999 : un jury civil de Memphis conclut à un complot.
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