Pinochet et le coup d’État au Chili : le 11 septembre 1973
Comment une démocratie stable bascule en dictature sanglante, avec la bénédiction de Washington. Salvador Allende, la Moneda, la DINA et 17 ans de régime Pinochet.
Comment une démocratie apaisée peut-elle basculer en dictature sanglante ? C’est exactement ce qui s’est passé au Chili en 1973. Et vous allez voir que les États-Unis n’y sont pas pour rien.
Le Chili d’Allende
Le Chili est alors l’une des démocraties les plus stables d’Amérique latine. En 1970, les électeurs portent au pouvoir un médecin socialiste, Salvador Allende.
Allende lance des réformes sociales et procède à des nationalisations. La plus emblématique est celle du cuivre, la grande richesse du pays, jusque-là exploitée par des compagnies américaines. L’argent doit financer ses réformes.
Washington voit d’un très mauvais œil un pays de sa zone d’influence prendre un virage marxiste, avec un président ami de Fidel Castro.
11 septembre 1973 : la Moneda bombardée
Le 11 septembre 1973, le général Augusto Pinochet prend la tête d’un coup d’État militaire. Des avions bombardent le palais présidentiel de la Moneda. À l’intérieur, Allende comprend que tout est perdu. Il se donne la mort dans le palais.
Dix-sept années de dictature commencent dans le sang.
La terreur
Le Parlement est dissous, les partis et les syndicats interdits. Dans les jours qui suivent, des milliers de Chiliens de gauche sont conduits dans des stades de Santiago, interrogés, torturés, parfois exécutés.
Une colonne militaire, la « caravane de la mort », parcourt le pays et assassine des prisonniers politiques pourtant déjà enfermés.
Pinochet crée une police secrète, la DINA. Elle ouvre des centres de détention clandestins dans tout le pays, invente de nouvelles méthodes de torture et fait « disparaître » des opposants, c’est-à-dire qu’elle les tue sans qu’on retrouve jamais les corps. Certains détenus sont torturés devant leur propre famille.
À Santiago, l’un de ces centres, la Villa Grimaldi, est aujourd’hui un lieu de mémoire qu’on peut visiter.
Une terreur sans frontières
La DINA ne s’arrête pas aux frontières. Avec les polices secrètes d’autres dictatures sud-américaines, elle organise la traque des exilés et des opposants : c’est l’opération Condor. Des opposants chiliens sont assassinés en Argentine, en Europe et jusqu’à Washington, où l’ancien ministre Orlando Letelier est tué dans un attentat à la voiture piégée en 1976.
Les Chicago Boys
Pinochet reconnaît lui-même ne rien comprendre à l’économie. Il la confie à un groupe d’économistes chiliens formés à l’université de Chicago, auprès de Milton Friedman : les Chicago Boys.
Leur programme : libre entreprise, libre-échange, privatisations, équilibre budgétaire, retrait massif de l’État. Le Chili devient le laboratoire de ce qu’on appellera plus tard le néolibéralisme.
Le soutien de Washington
Les États-Unis apportent une aide économique et militaire au régime, tout en minimisant publiquement les violations des droits humains, même quand des citoyens américains en sont victimes. Les archives déclassifiées ont montré depuis l’ampleur de l’implication de la CIA dans la déstabilisation d’Allende.
Puis le vent tourne. L’économie chilienne ralentit, la presse internationale parle trop de la brutalité du régime. Washington lâche le vieux dictateur et soutient l’opposition.
La fin
En 1988, Pinochet perd le référendum qui devait le maintenir au pouvoir. Il cède la présidence en 1990 mais reste chef de l’armée, puis sénateur à vie. Arrêté à Londres en 1998, poursuivi au Chili, il meurt en 2006 sans avoir jamais été condamné.
Repères
- 1970 : élection de Salvador Allende.
- 1971 : nationalisation du cuivre.
- 11 septembre 1973 : coup d’État, mort d’Allende.
- 1976 : assassinat d’Orlando Letelier à Washington.
- 1988 : Pinochet perd le référendum.
- 1990 : retour de la démocratie.
- 2006 : mort de Pinochet.
Pour aller plus loin, je vous conseille les livres de Maurice Lemoine sur les coups d’État en Amérique latine. Lire aussi : les dictateurs du XXe siècle.
