Le Pouvoir

Staline : le pouvoir, la paranoïa et la terreur

Fils d’un petit artisan géorgien, braqueur de banques pour le parti, puis maître absolu de l’URSS : comment Staline a bâti un régime de terreur, et comment la peur qu’il inspirait l’a laissé mourir seul.

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Le pouvoir peut rendre fou. Chez Staline, la paranoïa s’accompagne de mégalomanie et de fanatisme.

Ce fils d’un petit cordonnier géorgien est devenu l’un des hommes les plus puissants de la planète. Pour y arriver, il a tout sacrifié, y compris sa propre famille. Il disait : « Un vrai bolchevik ne devrait pas avoir de famille. »

Un gangster au service du parti

Au début de l’aventure bolchevique, le parti manque d’argent. Staline s’en charge. Braquages de banques, attaques de convois : il organise les « expropriations » avec zèle. C’est là qu’il apprend les méthodes qui lui serviront plus tard à terroriser tout un peuple.

Staline n’est pas un intellectuel comme Lénine ou Trotski. Il voit la politique comme un moyen de dominer les autres et de satisfaire ses ambitions. Ses camarades le méprisent. Trotski le qualifie de « plus éminente médiocrité du parti ».

Ils ont tort de le sous-estimer.

La prise du pouvoir

Dans l’ombre de Lénine, Staline attend son heure. Lénine meurt en 1924. Par une série de manœuvres, Staline écarte l’homme le plus en vue du moment, Léon Trotski, puis le fait exiler. Trotski sera assassiné au Mexique en 1940, sur ordre de Moscou.

La terreur comme méthode de gouvernement

Une fois au sommet, Staline installe une peur généralisée. Purges dans le parti et dans l’armée, procès truqués, exécutions, déportations massives vers les camps de travail forcé du goulag. La Grande Terreur de 1937-1938 fait à elle seule des centaines de milliers de morts.

La collectivisation brutale des terres désorganise l’agriculture et provoque des famines, notamment en Ukraine en 1932-1933.

Les estimations des historiens varient selon ce qu’on compte, mais le bilan du régime stalinien se chiffre en millions de morts.

Le canal de la mer Blanche, une vitrine creusée à la pioche

En 1933, Staline inaugure le canal de la mer Blanche, qui relie la mer Blanche à la Baltique sur plus de 200 kilomètres. Il en fait le symbole de la réussite soviétique : le chantier a été bouclé en moins de deux ans.

La réalité est une tragédie. Le canal a été creusé par des détenus du goulag, avec des pioches, des pelles et des brouettes. Des milliers d’entre eux y sont morts. Et pour tenir les délais, il n’a pas été creusé assez profond : la plupart des grands navires n’ont jamais pu l’emprunter.

Le culte de la personnalité

Son portrait est partout : dans les administrations, les écoles, les usines, jusque dans les foyers. Chaque Soviétique doit vénérer le « petit père des peuples ». Il doit être parfait, puisqu’il incarne la réussite du communisme.

Staline adore le cinéma et en a compris très tôt la puissance. Il supervise lui-même la production, relit les scénarios et se sert des films pour façonner son image de chef bienveillant.

Il avait le visage marqué par la variole attrapée dans l’enfance. Les photos officielles étaient retouchées pour effacer les cicatrices.

Autour de lui circulent aussi des histoires plus difficiles à vérifier. On raconte qu’il utilisait des sosies pour certaines apparitions publiques. On raconte même qu’il aurait voulu faire assassiner John Wayne, jugé trop anticommuniste. Aucune de ces deux histoires n’a jamais été prouvée : elles disent surtout la réputation que Staline s’était faite.

Une mort à l’image de son règne

À la fin de sa vie, la paranoïa est à son comble. Il change souvent de chambre pour dormir et se méfie de tout son entourage.

Dans la nuit du 28 février au 1er mars 1953, après un long dîner, il se couche tard dans sa datcha. Le lendemain, à midi, il n’a toujours pas appelé. Les gardes s’inquiètent, mais le protocole leur interdit d’entrer sans y être invités. Personne n’ose. L’après-midi passe, puis la soirée. Vers 22 heures, ils envoient enfin quelqu’un. On le découvre étendu sur le sol, inconscient, respirant à peine.

Il meurt quatre jours plus tard, le 5 mars 1953. L’homme qui avait fait trembler tout un pays est resté des heures sans secours, parce que tout le monde avait peur de lui.

Repères

  • 1878 : naissance à Gori, en Géorgie.
  • 1924 : mort de Lénine, début de la lutte pour le pouvoir.
  • 1932-1933 : grande famine, notamment en Ukraine.
  • 1933 : inauguration du canal de la mer Blanche.
  • 1937-1938 : la Grande Terreur.
  • 5 mars 1953 : mort de Staline.

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