Géopolitique

Nasser et le canal de Suez : le jour où l’Égypte a défié les empires

En 1956, Gamal Abdel Nasser nationalise le canal de Suez. Londres, Paris et Tel-Aviv attaquent l’Égypte. Une semaine plus tard, ce sont eux qui reculent.

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Gamal Abdel Nasser. Un nom qui claque comme un défi.

En 1956, cet officier égyptien fait ce que personne n’osait faire : il reprend le canal de Suez aux Européens. Acte de souveraineté ou provocation ? Pour Londres et Paris, c’est une ligne rouge. Pour le monde arabe, c’est le début d’une fierté retrouvée.

Un officier rebelle au pouvoir

En 1952, Nasser fait partie des Officiers libres qui renversent la monarchie du roi Farouk. Il promet une Égypte nouvelle, fière, débarrassée de la tutelle étrangère. Il devient Premier ministre, puis président en 1956.

Son ambition est simple à formuler et immense à réaliser : rendre aux Arabes leur dignité.

Le barrage d’Assouan, le grand projet

Le cœur de son programme, c’est un barrage géant sur le Nil, à Assouan. Il doit apporter de l’eau et de l’électricité en abondance à tout le pays, et sortir des millions de paysans de la misère.

Mais les États-Unis, suivis par le Royaume-Uni, retirent leur financement. Nasser est jugé trop proche de Moscou.

La riposte : le canal nationalisé

La réponse ne tarde pas. Le 26 juillet 1956, Nasser frappe là où ça fait mal : il nationalise la Compagnie du canal de Suez. Les recettes du canal financeront le barrage.

Il faut mesurer ce que cela représente. Le canal, inauguré en 1869, est l’artère vitale du commerce entre l’Europe et l’Asie. C’est par là que passe le pétrole du Golfe. Et pour les Égyptiens, c’est une cicatrice coloniale vieille de près d’un siècle, creusée par leurs ancêtres et contrôlée par des actionnaires européens.

Pour les anciennes puissances coloniales, c’est une ligne rouge franchie. Leurs intérêts sont menacés, leur prestige s’effondre.

Octobre 1956 : l’attaque secrète

Paris et Londres ne digèrent pas l’affront. Avec Israël, ils montent un plan secret, sans prévenir Washington. Le 29 octobre 1956, l’armée israélienne entre dans le Sinaï. Quelques jours plus tard, les avions franco-britanniques bombardent l’Égypte et des parachutistes sautent sur Port-Saïd.

C’est l’expédition de Suez. Une agression tripartite, et surtout une tentative désespérée de revenir au temps des empires.

Le recul des empires

Sauf que le monde a changé. Le président américain Eisenhower, furieux d’avoir été tenu à l’écart, condamne l’intervention. L’Union soviétique menace. En pleine guerre froide, les deux grandes puissances n’ont aucune envie de voir la France et le Royaume-Uni jouer les gendarmes au Moyen-Orient.

Isolés, Paris et Londres doivent retirer leurs troupes. Militairement, ils ont gagné. Politiquement, c’est une déroute.

Le temps des empires est révolu, et tout le monde vient de le voir.

Nasser, symbole d’une génération

Nasser sort de la crise en héros. Son prestige s’impose dans tout le monde arabe et bien au-delà, chez tous les peuples qui luttent alors pour leur indépendance. Il incarne la résistance face à l’impérialisme.

Il meurt en 1970. Des millions d’Égyptiens suivent son cercueil dans les rues du Caire. Aujourd’hui encore, il reste un symbole.

Repères

  • 1869 : inauguration du canal de Suez.
  • 1952 : les Officiers libres renversent la monarchie égyptienne.
  • 26 juillet 1956 : Nasser nationalise la Compagnie du canal de Suez.
  • 29 octobre 1956 : Israël attaque dans le Sinaï, suivi par la France et le Royaume-Uni.
  • Novembre 1956 : sous la pression des États-Unis et de l’URSS, Paris et Londres se retirent.
  • 1970 : mort de Nasser.

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